
Colomba, figure mythique de la Corse, mise en musique au Couvent Saint-François de Vico.
Certains lieux semblent conserver intacte la mémoire des siècles. Le Couvent Saint-François de Vico en est l’un des plus éloquents. Fondé en 1481 par le seigneur Giovan Paolo de Leca pour les Franciscains, puis occupé à partir de 1836 par les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, il offre aujourd’hui un écrin de silence, d’histoire et de spiritualité. C’est dans ce cadre empreint de recueillement que Corsica Cantabile fait surgir ce soir une autre grande figure de l’imaginaire corse : Colomba.
Lorsque Prosper Mérimée découvre la Corse en 1839, il est profondément marqué par la force des traditions insulaires, par l’importance accordée à l’honneur et à la mémoire familiale. Inspiré de l’histoire réelle de Colomba Carabelli à Fozzano, son roman donne naissance à une héroïne devenue emblématique : une femme ardente et inflexible, gardienne des coutumes et voix de la vendetta. À travers elle se cristallisent des valeurs profondément enracinées dans la culture corse : fidélité aux ancêtres, sens de l’honneur, puissance du deuil. Dans la société insulaire, la femme occupe en effet une place essentielle dans la transmission de la mémoire familiale. Gardienne du foyer et dépositaire du souvenir des lignées, elle porte également le chant du voceru, cette plainte funèbre où se mêlent douleur, mémoire et appel à la justice. Colomba incarne cette mémoire vive, tendue entre souffrance et fidélité.
Le programme de cette soirée se déploie ainsi comme un portrait musical de cette figure à la fois tragique et puissante. Il s’ouvre sur un Thème et variations sur le Dio vi salvi regina, hymne corse emblématique, dans un arrangement du pianiste Teva Mazoyer, qui inscrit d’emblée l’auditeur au cœur de l’âme insulaire. Le Crisantemi de Puccini, élégie d’une profonde mélancolie, évoque le deuil et le souvenir. Les Jeux d’eau de Ravel apportent ensuite une respiration lumineuse et poétique, avant que la Dumka du Quintette de Dvořák ne fasse entendre une introspection poignante où se répondent nostalgie et élan vital, dans une résonance singulière avec la figure de Colomba.
Mettre Colomba en musique, c'est faire résonner une figure où la douleur devient force, où la mémoire se transforme en destin, et où la voix des traditions continue de traverser le temps.
819 Route du Couvent St-François 20160 Vico France GPS : 42,16080° N, 8,80081° E